#DigitalTrends Born Social

Compte-rendu de la rencontre du 12 novembre 2019

Passagers clandestins du social media

Heaven présentait la 4e vague de son étude annuelle #BornSocial, en présence de grands témoins, qui met en perspective «les tendances du numériques pour comprendre, anticiper et proposer» 

«On fait du chat vocal» plutôt qu’«on se téléphone». Les enfants ont façonné leur propre langage et leur grille de lecture du social media, qu’ils connaissent bien même si l’accès aux applications ne leur est pas encore permis. En droit. 

Droit et usages : le grand écart

«En droit, les réseaux sociaux leur sont interdits» explique David Lacombled, président de La villa numeris, lors de l’introduction de la matinée qui a lieu chez OnePoint. Evoquant l’indication d’Instagram, «Vous devez avoir au moins 13 ans», Emmanuel Berne, directeur des études, promouvant l’étude #BornSocial de l’agence de marketing et de communication digitale Heaven, décrypte : «les enfants sont totalement invisibles. La première chose qu’ils font sur les réseaux sociaux, c’est mentir sur leur âge».  Cathy Excoffier, directrice déléguée RSE Orange France, souligne que «Les études actuelles menées révèlent que la première connexion à internet se fait en moyenne à l'âge de 8 ans alors que la loi reconnait que la maturité numérique est à 15 ans». Elle considère que «le modèle économique des RS est un modèle publicitaire, basée sur la collecte de données et c’est cet héritage qui régit paradoxalement la protection des mineurs».

Evoquant le Code ICC (Chambre de Commerce Internationale) sur la publicité et les communications commerciales, Stéphane Martin, directeur général de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP), rappelle que le terme «enfant» se réfère aux consommateurs de 12 ans et moins. Aussi, l’autorégulation rappelle que «les contenus publicitaires doivent être clairement distingués lorsqu’ils s’adressent à ces derniers», à l’image des écrans autour des émissions jeunesse, qui ont des «génériques identifiés». Il relève qu’il y a «une volonté d’avoir des règles spécifiques» pour ce public. Cette attention est manifeste bien avant l’émergence des réseaux sociaux, en témoigne la CNIL, née en 1978, qui établissait déjà des règles en matière de marketing direct, souligne Stéphane Martin

Un fait banal

 «C’est une banalité pour eux» relève Emmanuel Berne évoquant «l’émergence d’utilisateurs ultra-connectés dès le plus jeune âge» :«Moi j’ai Snapchat, TikTok et YouTube». Dans l’étude #BornSocial qu’il présente, accompagnée de nombreux témoignages, il revient sur les appréhensions des enfants qui accumulent les applications dont l’accès aux médias sociaux est «précoce». Aussi, dès la 5e, ils sont en moyenne sur 3,6 applications. En classe de 3e, le taux d’inscription dépasse les 90%.  Emmanuel Berne souligne l’ancrage de Snapchat qui s’appuie sur «des fonctionnalités amusantes de filtres». Elle fait partie du trio de tête avec Instagram et TikTok. Il revient également sur une application méconnue des non-gamers, Discord qui est «la principale application sociale de nombreux jeunes». Elle compte, ainsi, plus de 250 millions d’utilisateurs enregistrés. 

L’équipement participe de cette banalité. 84% des enfants de 12 ans disposent d’un smartphone. Aussi, la tablette familiale ou de façon plus générale, l’accès à un équipement est l’un des facteurs d’inscription. 

Les familles et les parents participent à cette diffusion. Emmanuel Berne relève que ces derniers sont, de plus en plus, «prescripteurs». D’ailleurs, Cathy Excoffier note que l’«on voit de plus en plus de parents, qui, à la naissance de leurs enfants, créent un compte Facebook. «Toute une génération a grandi autour des réseaux sociaux». Les usages entre les garçons et les filles ne sont pas identiques souligne l’étude réalisée par Heaven. Emmanuel Berne explique ainsi que «les filles déclarent un usage de socialisation plus fort que les garçons plus consommateurs de contenus et surtout de jeux vidéo». 

Des interrogations multiples

«L’inquiétude croissante des parents» est relevée par Virginie Sassoon, responsable du Pôle Labo -Formation du Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (Clémi) du ministère de  l’Education nationale. Aussi, pour Cathy Excoffier, «les parents n’ont pas été accompagnés dans l’usage autour du numérique». Le niveau d’éducation et la toile de fond des parents est prise aussi en compte.  Virginie Sassoon évoque également «la confusion croissante entre contenu publicitaire et contenu informationnel». Il convient, dès lors, selon elle, d’«éveiller leur regard critique». Avec le social media, nombre d’enjeux en termes de développement de l’individu sont mis en exergue à l’image de «l’apprentissage de la gestion de la mise en avant de soi sur les réseaux» note Emmanuel Berne.

L’école est attendue face à ces pratiques. Virginie Sassoon note «l’injonction pour que les enseignants accompagnent les pratiques numériques.» La législation entre également en jeu. Rappelant que «le placement de produits pour les mineurs est contraint et limité», Stéphane Martin, évoque la future réflexion «sur les obligations des fournisseurs de partage de vidéos». Aussi, le partage de vidéo va, explique-t-il «entrer sous la responsabilité de la nouvelle autorité, fusionnant le CSA et Hadopi, l’ARCOM». Les plateformes auront, de fait, une responsabilité «accrue». Pour lui, «le débat politique va permettre d’abaisser les peurs». Un débat qui rappelle que ces consommateurs restent avant tout de jeunes enfants.  

//. Nos grands témoins :

  • Virginie Sassoon, responsable du Pôle Labo - Formation du Centre pour l’Education aux médias et à l’information (Clémi) du ministère de l’Education nationale 
  • Cathy Excoffier, directrice déléguée RSE Orange France
  • Stéphane Martin, directeur général de l’ARPP
  • Emmanuel Berne, agence Heaven

//. Avec le soutien de :

   

 

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