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Atteindre un accès universel à la médecine ?

Compte-rendu de la table-ronde sur l'e-Santé organisée à Bucarest le 13 juin 2019 dans le cadre de la Saison France-Roumanie.

«La e-santé consiste en réalité à se pencher sur l'avenir de la santé : Comment allons-nous résoudre les questions soulevées par la croissance de la population sur la planète ? Comment allons-nous combler tant de lacunes ?» ainsi que le souligne Oana Craioveanu, co-fondatrice et PDG d'Impact Hub Bucarest, qui modère les échanges.

:: La session a commencé par une keynote sur la médecine numérique donnée par le Dr Cécile Monteil, médecin et directrice médicale iLumens, un centre de simulation et de formation Français :

«La santé numérique peut apporter beaucoup, mais certains outils sont moins utiles que d'autres…. Nous devons avoir un regard critique sur ce que la santé numérique apporte réellement. 

Les applications pour smartphones, par exemple, aident déjà beaucoup aujourd'hui. Par exemple, les moniteurs de tension artérielle connectés, les moniteurs de glucose, les applis domestiques de suivi du diabète sont très faciles à utiliser, très accessibles et très utiles. Mais certains appareils et applications, tels que les classificateurs donnent des informations floues, voire inutiles, et créent des inquiétudes inutiles.

Beaucoup d'entrepreneurs et de start-ups créent aujourd'hui des produits, sans pour autant bien connaître le système de santé. Les acteurs de la santé et les entrepreneurs de l'innovation doivent absolument travailler main dans la main pour développer de bons produits. Les outils «wearables» sont excellents, mais l'accès aux données de santé n'implique pas nécessairement des changements du comportement. Les changements de comportement ne proviendront pas de la tech, ils viendront d’abord des humains...

Dans un autre domaine, la réalité virtuelle est également très utile pour la formation des médecins et des chirurgiens. L’impression 3D permet l'impression d'organes de patients qui ont une chirurgie difficile à venir et étend l'accessibilité de la chirurgie, les chirurgiens peuvent opérer mieux et plus rapidement. Cela pourra également à terme permettre l'impression de moulages et de plâtres nouvelle génération, très légers et très efficaces.

Un autre sujet très tendance est l'IA en médecine. Beaucoup de médias disent que cela va remplacer tous les médecins, etc. Pour ma part, je ne le pense pas. L'IA est complémentaire aux médecins et est conçue pour les aider. Le premier algorithme à avoir été officiellement autorisé est IDX, depuis 2018 aux Etats-Unis, qui analyse de la radiographie pour détecter des rétinopathies diabétiques.

Après l’homme réparé, nous pouvons aussi regarder l'homme augmenté. A commencer par ce que nous préparent les GAFAs. Ils investissent des milliards et ne paient pas tous les impôts qu'ils devraient payer... Ils offriront beaucoup de services de e-santé, mais le prix à payer sera de renoncer à nos données. Voulons-nous cela ? 

Compte tenu de tous les scénarios futuristes autour de nous, nous devons penser au genre de société que nous voulons créer…. Mais avant même de pouvoir un jour inventer l'immortalité, pensons d’abord que nous ne respectons même pas les comportements de base qui permettraient de prévenir la mort. Notre pire ennemi, c’est nous-mêmes. Par conséquent, il est important de nous remettre en question : « Que voulons-nous réellement pour demain ?»

:: Dr Ion Petrovai co-fondateur, Freshblood, une commaunauté d’acteurs de la e-Santé en Roumanie :

«Nous voyons beaucoup d'opportunités dans le domaine de la cybersanté, et nous croyons que le public pourrait en bénéficier si nous sommes en mesure d'effectuer des travaux de recherche multidisciplinaires.

Les mesures incitatives issues des politiques publiques sont essentielles pour encourager les progrès et les initiatives dans ce domaine.

Nous avons beaucoup travaillé d’abord uniquement avec des start-ups, mais récemment de grandes entreprises de santé en Roumanie commencent à leur donner des ressources et des récompenses…

En tant que médecin, notre logiciel a été formaté pour réfléchir d'une manière spécifique... Je crois que pour assurer le développement des innovations en matière de santé, nous devons réunir toutes les parties prenantes sur un pied d'égalité. Par exemple, l'autonomisation du patient est l'un des chaînons manquants.  De plus en plus de patients savent exactement ce dont ils ont besoin. Le défi est vraiment de mettre tout le monde à la même table.

L'un des indicateurs que la santé de pointe avance, est lorsque les autorités publiques locales commence à acheter à des start-ups.»

:: Isabelle Hilali, fondatrice et CEO de Datacraft, France :

«La clé est de s'assurer que les gens se parlent à la fois dans les domaines du numérique et aussi dans l'industrie de la santé.

Tout d'abord, il faut essayer de se concentrer sur sa mission. Vérifiez d'abord de quelles données vous disposez, puis pensez à votre mission, et ne vous concentrez pas sur des choses externes.

Commencez petit, apprenez et construisez votre projet à partir de là.

Il y a plus d'argent que de bons projets... Lorsque vous êtes à un stade précoce, il est difficile d'obtenir le bon soutien si vous êtes une entreprise de e-santé parce que les fonds d’investissement ne savent pas vraiment comment vous évaluer.»

David Giblas, chief innovation, Health, Digital, Data and AI Officer de Malakoff Mederic Humanis :

«Pour nous, le numérique, les données, l'IA et les start-ups sont essentiels. Et ce n'est pas une question d’être à la mode pour notre rapport annuel, mais vraiment une question de savoir comment nous pouvons assurer la mise en œuvre de notre stratégie, et quelle valeur nous pouvons générer. Nous n'avons pas une stratégie numérique ou de data : nous avons une stratégie d'entreprise.

Nous avons créé il y a deux ans, une équipe « expérience client numérique » combinée à notre équipe e-Santé. Nous avons maintenant plus de 100 personnes dédiées à la conception et à la mise en œuvre de nouveaux services de e-santé, sur 4 sujets : prévention, optimisation des parcours de santé, télémédecine et suivi des maladies chroniques. Nous avons également décidé il y a 12 mois de créer un fonds de capital-risque de 150 millions d'euros qui investit dans les start-ups de la e-santé, à la condition que celles-ci doivent pouvoir travailler avec nous.

C'est un choc culturel pour nous de travailler avec des start-up,et vous devez avoir la bonne organisation en place pour combler le fossé entre la technologie, la culture des start-ups et votre propre entreprise.

J'ai participé à la création du Health Data Hub en France. Son objectif est de consolider les entreprises publiques et privées de santé dans le domaine des données. Notre entreprise était l’unique compagnie d'assurance à être sélectionnée dans le hub.

La confiance dans votre organisation est une question de responsabilité. Si votre entreprise est en contact avec des données médicales, cela pose alors vraiment une question sur la réputation de votre entreprise

Nous parlons beaucoup de données... mais nous devrions parler plus d'algorithmes...Pour moi, la prochaine étape consiste à expliquer qui prend les décisions, et comment les décisions ont été prises, sur quel fond éthique... Il ne s'agit pas seulement de données maintenant, mais aussi vraiment d’algorithmes.

La question de l'innovation, c’est l'échelle. Si vous n'êtes pas à l'échelle, c’est très difficile d'obtenir de la valeur de votre innovation.»

:: Rozalina Lapadatu, présidente, APAA (Asociatia Pacientilor cu Afectiuni Autoimune) :

«Si vous voulez mettre les patients au centre, vous devriez commencer par écouter les patients.

C'est comme la pyramide de Maslow, le besoin de base c’est le diagnostic et le traitement, et après cela, à partir de là, vous pouvez construire pour une meilleure qualité de vie pour les patients.

Il est peut-être temps que l'Union européenne commence à regarder ce qui se passe aux États-Unis. Par exemple, la FDA aux États-Unis a commencé à certifier des applications pour la santé.

Du point de vue du patient, les données sont accompagnées d'un grand point d'interrogation... Mes données sont-elles en sécurité ? Où vont-elles ?»

:: Rémi Flicoteaux, expert en données de  l’AP/HP :

« Ce qui m'inquiète pour la santé, c'est la qualité des données. Vous pouvez obtenir beaucoup de données, mais de quelle qualité sont-elles ? Pouvez-vous vraiment les analyser ? Qu'est-ce qu’elles signifient vraiment ?

Paris compte 39 hôpitaux publics, dans un établissement unique, l'APHP (Assistance Publique Hôpitaux de Paris). Actuellement, nous essayons de rassembler toutes les données, les hôpitaux travaillant sur le même système informatique, donc à partir de là, cela nous permet de construire un entrepôt de Big Data.

L'intelligence artificielle est une chance. Nous devons utiliser les données brutes provenant des patients. Et puis la première chose que nous devons faire est d’agir en transparence... Et de faire savoir à tout le monde ce que nous faisons.»

:: Lucian Ionita, eHealthRomania.com :

«L'innovation en santé est très à part, parce que tout part d’un sentiment très interne, très personnel. Vous constatez un problème de santé, et vous vous donnez pour objectif de le résoudre…»

Manifestation organisée dans le cadre de la Saison France-Roumanie

Comité des mécènes

 

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