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Rencontre du 24 juin 2026

Les régions au défi de l’intelligence artificielle

La technologie et les entreprises innovantes dessinent une nouvelle carte des territoires

Une nouvelle édition de l’observatoire des enjeux législatifs, sous l’égide du sénateur Jean Hingray, montre comment l’intelligence artificielle (IA) devient un levier d’attractivité des territoires.

Les institutions et les entreprises qui s’emparent de l’IA se procurent un avantage compétitif. De nombreuses questions sont à traiter, à commencer par l’implantation des infrastructures physiques et les défis environnementaux. L’accompagnement du tissu économique traditionnel (PME et ETI), la recherche des talents et la montée en compétence constituent également de véritables enjeux.

« Notre pays est riche d’initiatives, encore faut-il les faire connaître » estime David Lacombled, président de La villa numeris qui effectuera un mini tour de France pour montrer « le dynamisme et la vitalité des territoires sans occulter ses difficultés ». Aussi, dans la continuité du dossier spécial de Régions Magazine, « Les régions face à l’intelligence artificielle », en partenariat avec notre think tank, les échanges ont mis en exergue l’IA. La parole est donnée aux entreprises innovantes et à leurs parties prenantes bel et bien présentes dans les territoires en choisissant comme grille de lecture de l’IA l’économie et l’attractivité des territoires.

Des réalités

« L’IA prend une part de plus en plus importante dans la vie quotidienne » relève le sénateur Jean Hingray en évoquant « le bond en avant » notamment dans les Vosges, son territoire. Il relève qu’au niveau des territoires, « il y a de vraies disparités selon les sensibilités des élus ». L’écart est aussi souligné par Antoine Amiel, fondateur de Learn Assembly et expert des questions d’emploi et de formation professionnelle relevant « des sujets d’adoption très inégaux et pouvant engendrer des sujets de société très importants ».

« Un terrain », « de l’eau », « de l’électricité », « du réseau », Kévin Joly, président de 2AMH, entreprise spécialisée dans la conception des data centers énumère ce qui est nécessaire pour l’implantation dans les territoires. Pour répondre à la surface foncière nécessaire, il peut s’agir d’un terrain nu ou bien d’« une requalification d’anciennes friches industrielles » à l’image d’EDF notamment. Il évoque ainsi les appels à manifestation d’intérêt (AMI) initiés par l’État pour lancer des projets. Lui aussi relève « des inégalités en termes de territoires ». Pour l’électricité, on retient les Hauts-de-France, l’Ile-de-France et la Normandie. En effet, l’électricité se trouve majoritairement dans le Bassin normand en raison des 6 centrales nucléaires. Des défis se posent comme « l’acceptabilité ». Pour lui, il importe de « créer une adhésion autour de projets de développement de campus numériques ». Ceux-ci « bénéficient directement aux populations des régions » à travers notamment des emplois directs comme « la maintenance, la sécurité sur le site ». En effet, les data centers « sont en maintenance permanente ; l’IA apporte des problématiques techniques » nécessitant des opérateurs. Il explique que « l’on va jusqu’à 1 000 emplois cumulés directs et indirects ». C’est bien « un projet de revitalisation des territoires », considère Antoine Amiel.

« La FFB s’est emparée du sujet IA depuis 2018 pour accompagner ses adhérents, c’était bien avant l’arrivée de ChatGPT. Car nous étions convaincus qu’il fallait défricher le sujet et que ce n’était pas qu’une nouveauté technologique. Le risque est qu’une entreprise ne s’intéresse pas à l’IA et que son concurrent en fasse un avantage compétitif. L’IA impose de s’interroger sur son organisation, c’est un sujet lié aux process », confirme Claire Guidi, conseillère auprès du Président de la Fédération Française du Bâtiment (FFB). « Présent sur tous les territoires », le secteur compte 450 000 entreprises et 1 700 000 actifs. En 2025, le montant des travaux réalisés s’est élevé à 193 milliards d’euros, neuf et ancien, logement et non-résidentiel, explique-t-elle évoquant « le fait que le bâtiment regroupe des entreprises de toutes tailles et qu’il faut proposer des approches qui répondent à la diversité de ces structures ». Il est clé de former et d’embarquer, et cela malgré « une filière de la formation en souffrance » déplore Antoine Amiel qui explique que cela « pose un vrai enjeu pour les territoires dans l’accès à la formation. Il faut quantifier les besoins de formation sur les territoires ».

Embarquer tout le monde

« En 2025, la FFB a élaboré une charte éthique. C’est un document proposé aux adhérents et qu’ils peuvent ajuster selon le contexte de leur propre entreprise. Un chef d’entreprise des Vosges a notamment mené un travail interne avec ses équipes et décidé d’adosser la charte ainsi adaptée au règlement intérieur », explique Claire Guidi. Autre initiative portée par le Comité IA de la FFB, l’IA, en mars dernier, la fédération a publié sa « doctrine « IA et Travail ». La FFB considère que l’IA est « un sujet de société et d’organisation. Avec l’IA générative, l’IA est dans la poche : la transformation passe par les salariés. Il faut que les dirigeants s’acculturent, se forment et fassent émerger les usages fantômes, ceux déjà mis en place par les salariés ». Il en va de même pour les salariés devant être « informés des risques et des enjeux ». « Il faut désindividualiser les usages de l’IA et fixer un cadre collectif ». Elle souligne l’« enjeu de responsabilité ; ce n’est pas l’IA qui signe un marché, c’est l’entreprise ». « On commence à voir arriver des cas d’usage sur les chantiers pour la prévention et l’amélioration de la qualité ».

Antoine Amiel promeut « des dispositifs d’acculturation et de soutiens économiques pour les TPE-PME » qui sont « le cœur des territoires ». Il est clé de former et d’embarquer, et cela malgré « une filière de la formation en souffrance » déplore Antoine Amiel qui explique que cela « pose un vrai enjeu pour les territoires dans l’accès à la formation. Il faut quantifier les besoins de formation sur les territoires ». Il rappelle que « le financement de la formation professionnelle est adossé à des certifications. Or, l’IA bouge très vite » et le cycle de renouvellement de la certification est lent ». On fait ainsi face à « une réponse bureaucratique à un sujet de société majeur ». Concrètement, lorsque l’on forme « à des compétences qui ne sont pas dans le référentiel », on peut potentiellement être retoqué par la tutelle », note-t-il, invitant à « repenser l’univers de la compétence. Je crois à une carte de la formation ! Quel que soit son milieu social, son territoire, il y a des complémentaires ».

« La formation est essentielle tout au long de la vie », considère Claire Guidi. « Il faut développer l’alternance tout au long de la vie », d’après Antoine Amiel qui estime qu’il s’agit de « la pédagogie la plus efficace ». Avec elle, on y découvre un réseau et on y « apprend la dimension informelle d’un métier ». Il insiste sur la dimension terrain en prenant en compte « la pénibilité » en considérant l’adoption de l’IA pour réduire la « pénibilité cognitive ou physique ». Il convient ainsi de « flécher l’IA vers des métiers plus difficiles ». Il porte aussi son attention à la question de « la santé et du désert médical » notant que « l’IA peut améliorer le diagnostic » et enfin « le pouvoir d’achat ». C’est bien un enjeu de « contrat social ».

Autre public à sensibiliser, d’après Jean Hingray : les élus pour signifier que « l’IA est importante. On devrait se concentrer sur l’essentiel. L’essentiel pour demain, c’est l’IA », affirme-t-il en promouvant « les chefs d’entreprises dans nos régions ».

Imposer une autre représentation

L’IA ? « Tant qu’on ne l’a pas définie, c’est un slogan marketing », relate Kévin Joly qui invite à l’appréhender aussi « en termes d’infrastructures technologiques ». Pour lui, l’IA générative a créé un avant et un après : « ChatGPT a rebattu les cartes ; les gens se sont intéressés ». « On nous parle de Claude, de ChatGPT… notre sujet c’est la transformation des process », rappelle Claire Guidi, pour qui il s’agit de « regarder là où vous perdez du temps, là, où l’IA est utile, process par process, structure par structure. L’IA n’est pas utile pour tout. ».

« Il faut arrêter d’anthropomorphiser l’IA ! On oublie que c’est une puissance de calcul, une machine », affirme Claire Guidi soulignant « le travail pour déconstruire et démystifier ». La FFB tient à « acculturer les adhérents » à travers « les usages des data pour les métiers supports comme sur les chantiers, pour la gestion des flux, la maintenance des bâtiments... » C’est dans cet esprit, que « La FFB met à disposition de ses adhérents des vidéos, podcasts et masterclass ». Pour Kévin Joly, « il faut se préparer à un resserrement du marché et à une augmentation des prix ». Pour cela, il est nécessaire de « se donner des objectifs ». Il invite à monter une filière numérique en France sur un horizon de temps de 10 ans.

Adhérent de France Data Centers, il évoque les grandes campagnes de l’organisation comme des spots publicitaires pour « acculturer et dégonfler les imaginaires ». Il déplore qu’« on ne parle pas de technique, on parle juste d’imaginaire et c’est très compliqué ». Pour Kévin Joly, c’est « un combat idéologique et philosophique permanent. Il faut travailler à l’imaginaire et à la réflexion philosophique. La visite d’un data center d’IA est la meilleure chose ». Aussi, en guise de mot de la fin, retenons l’intervention du sénateur Jean Hingray : il est urgent de « sensibiliser sur ce qu’est vraiment l’IA et de la ramener à la juste place ».

:: Nos grands témoins

  • Antoine Amiel, fondateur de Learn Assembly, expert des questions d’emploi et de formation professionnelle (Profil LinkedIn)
  • Claire Guidi, conseillère auprès du Président de la Fédération Française du Bâtiment (Profil LinkedIn)
  • Kévin Joly, président de 2AMH (Profil LinkedIn)

:: Pour aller plus loin

  • IA, nouveau défi pour le développement des entreprises et des territoires. Article de La Revue Civique >> Lire