2026, l’Odyssée de l’IA avec l’Opinion

2026, l’Odyssée de l’IA avec l’Opinion

Soirée du 06/10/26 | Compte-rendu et replay vidéo

La souveraineté comme levier de puissance

La 3e édition de la soirée-événement de l’Opinion avec notre think tank pour partenaire s’est déroulée le 6 octobre 2026

« Dans un système à trois puissances, il faut être l'une des deux », les mots de Bismarck sont cités par David Lacombled, président de La villa numeris qui rappelle que « L’Europe a encore une carte à jouer dans le concert des nations numériques ».

Mardi 6 octobre, pour sa troisième édition, L’Odyssée de l’IA était sur le devant de la scène du théâtre de la Tour Eiffel. La soirée rythmée et dense a retrouvé ses temps forts comme la prise de parole de l’IA, une production de L’Opinion en partenariat avec Polaria, qui a débuté et clôturé la soirée avec un défi donné : réaliser un jeu le temps de la soirée, soutenue par une plateforme agentique. Défi tenu en moins de deux heures : ce sera un jeu vidéo interactif. L’événement annuel de L’Opinion, dont La villa numeris est partenaire, a mis en exergue cette question : « Etats comme entreprises : comment préserver notre souveraineté sans manquer la quatrième révolution industrielle ? ». Un sujet brûlant d’actualité, qui n’a pas laissé indifférents les grands témoins.

Un sujet crucial

« Ceux qui maîtrisent le mieux la technologie vont dicter les règles », considère Charles Gorintin, cofondateur et CTO d’Alan lors de sa keynote. Aussi, s’inscrire dans la quatrième révolution industrielle est clé. Pour Bertrand Rondepierre, directeur de l’agence interministérielle pour l’intelligence artificielle de Défense, « plus on a des personnes qui se forment au ministère des Armées, plus elles vont irriguer ». « On a un monde d’abondance où tous les outils sont à disposition des start-ups », témoigne Louis Comte, program manager – F/AI Program à Station F. Il se réjouit : « on a l’écosystème et les ressources ». L’enjeu est de savoir « comment nos start-ups créent des produits compétitifs ».

« L’approche top-down est clé » constate, quant à lui, Jessyn Katcheran, partner et responsable de l’équipe data & analytics chez Oliver Wyman. Pour lui, « la question est de se réinventer à l’ère des agents, comment veut-on réaliser une tâche à partir du résultat qu’on veut obtenir ? L’hyperpersonnalisation devient un must-have, un standard dans la relation client, l’accès à la connaissance qui fait évoluer l’organisation à une grande vitesse ». Aussi, il convient de « réinventer les process, repenser les méthodes, transformer les relations du travail et les relations humain-agent. »

« La technologie est bien là », affirme Sébastien Rozanes, chief digital, data & AI officer de FDJ United, constatant un verrou lorsque « l’on touche la structure de l’organisation. C’est moins un problème d’IA qu’un problème managérial ». Il s’agit de « repenser le portefeuille », de « reshape », c’est-à-dire « trouver des fonctions qu’on repense de bout en bout, comme si l’IA avait existé dès la conception de l’activité », « redesigner le process » et d’empower pour « donner aux métiers des outils et des compétences pour qu’ils deviennent des doers de l’IA ».

« Pour interagir avec le logiciel, il faut une technologie », explique Gautier Cloix, CEO d’H Company. Il promeut le computer use qui « est une technologie qui permet de prendre le relai de l’humain sur les tâches répétitives ». Aussi, le ROI se réalise « en quelques jours ». L’impact est majeur. C’est « un risque de survie pour notre économie : les grandes entreprises et les emplois ». Pour Gautier Cloix, « il faut être souverain en étant leader mondial, même si c’est une niche ».

Chloé Decesari, partner experience collaborateur chez Onepoint relève que « l’IA emmène la vitesse et a remis la culture de l’exploration au cœur ». Elle invite à « savoir pivoter rapidement ». Elle témoigne : « il faut que les entreprises soient prêtes, en termes d’organisations, à accélérer ». Au sujet de la culture justement, Marc Menasé, fondateur de Founders Future relève l’écart entre la France et les Etats-Unis. Pour ces derniers, il y a « 99% de raisons pour faire », alors que dans l’Hexagone, ce sont « 99% de raisons pour ne pas faire ». Il évoque San Francisco et « la concentration autour de la recherche, du financement et de l’entrepreneuriat ». Il relate, outre-Atlantique, « la vélocité de la prise de décision. Tout va beaucoup plus vite ». En effet Samuel Fitoussi, essayiste et investisseur chez FRST explique que « le niveau d’intelligence des modèles a atteint un nouveau stade », en témoignent les discussions et la collaboration des modèles d’IA sur « un forum clandestin », à la suite de « tâches très difficiles » données par OpenAI. Samuel Fitoussi explique que « ceux qui construisent la technologie, on en a profondément peur. L’IA n’est pas une technologie déterministe. C’est une boîte noire ».

Dès à présent

« Je suis cette génération qui a vu la France passer à côté du cloud et des plateformes », déplore Charles Gorintin. Soulignant que la France a pourtant « une électricité décarbonée abondante », il constate qu’« on devient un entrepôt de données plutôt qu’un cerveau qui entraîne les meilleurs outils d’IA ». Pour lui, « l’IA sera partout ». Il prévient, « quand une technologie devient aussi présente, la menace d’en couper l’accès devient dévastatrice ». Il s’agit d’« être capable de faire face aux menaces », estime Bertrand Rondepierre, pour qui « on est face à une technologie qui crée une rupture, qui conditionne la société et la guerre de demain ». Il invite à « aller au plus vite sur des applications concrètes ».

« On a un différentiel de puissance de calcul gigantesque entre les Etats-Unis et la France », prévient Raphaël Doan, haut fonctionnaire, essayiste et co-rédacteur du Plan Prométhée dans le cadre de la présidentielle, relevant « le risque de se voir priver de l’accès aux meilleurs modèles ». Avec le plan Prométhée, sont justement proposées « des solutions financières et politiques sur 3 ans pour avoir les moyens de rivaliser avec les grands acteurs américains » et ainsi proposer un laboratoire d’IA de frontière.

Made in Europe

« Je vous parle depuis 2040 », lance l’IA au début de la 3ème édition de son Odyssée. Elle explique son métier à l’audience : « archiver ce que vous êtes en train de vivre ». Aussi, elle nous propose un voyage vers demain en narrant que « 58 000 jeunes Polonais protestent contre les Etats-Unis, contre la dépendance ». C’est bien un détour par une « dystopie », explique de Sousa Cardoso, qui traduit nos préoccupations actuelles. Les chocs géopolitiques sont bel et bien au cœur des échanges à un moment où il est crucial « d’avoir des partenaires sur la durée », relève Bertrand Rondepierre. « Le besoin de choisir des partenaires et de choisir à quoi on s’expose » est aussi noté par Bertrand Rondepierre.

« Dans la bataille féroce que se livrent les Etats-Unis et la Chine, l’Europe a-t-elle encore sa place à jouer ? », interroge RémI Godeau, directeur de la rédaction de L'Opinion, rappelant que « l’IA agentique est passée de l’outil qui répond à l’agent qui travaille ». Pour Cyril de Sousa Cardoso, CEO de Polaria, « le pessimisme n’est pas une option. L’Europe a des atouts : on peut avoir de l’espoir ». Il établit comme priorités de « créer un écosystème public-privé en Europe, de se doter des financements nécessaires et de jouer à une échelle européenne ». Regrettant « l’inexistence d’un vrai marché unique » Laurent Solly, COO d’Advanced Machine Intelligence relève cependant « les grands atouts de l’Europe : les talents, les excellents chercheurs et ingénieurs ». Il évoque ainsi les écoles, les hubs de formation à Londres, à Paris mais aussi « les grands leaders industriels européens ». Pour lui, « dans la révolution de l’IA physique, nous avons des acteurs qui peuvent jouer un rôle considérable ».

Bertrand Rondepierre promeut « une construction étape par étape et un besoin d’investissement humain, financier et une direction fixée ». Pour David Lacombled, la question du financement de l’innovation de rupture est « un défi tant culturel qu’économique ». D’ailleurs, pour Laurent Solly « le premier frein de l’Europe est culturel et le deuxième est opérationnel. Ce qui manque à l’Europe est peut-être un choc culturel, une ambition portée à l’échelle qui va avec de la vitesse et de la vélocité, la capacité de prendre des risques et de les assumer. ». Il évoque le pari de l’entreprise qui prend appui sur la vision de Yann Le Cun : « bâtir des world models » avec comme objectif de « comprendre le monde tel que nous le comprenons en tant qu’être humain ». Pour lui, « la profondeur de l’impact de ces technologies est immense ».

Les talents sont bien là, en témoigne la 3e édition des « 100 qui font l’IA », identifiés par L’Opinion et Oliver Wyman A Marsh Business, qui fait l’objet d’un dossier spécial. « A chaque fois, on a du mal à se limiter à 100 », témoigne Zineb El Honsali-Abridi, principal chez Oliver Wyman, se réjouissant du « foisonnement de l’écosystème et du retour de talents en Europe ». Elle en est convaincue : « on progresse parce qu’on continue à démontrer qu’on est capable de créer des licornes ». Sont notamment présentés Arthur Mensch, cofondateur et CEO de Mistral AI, « principal symbole de la bataille européenne », considère Grégoire Arnould, journaliste à L’Opinion. Autre figure citée : Jeannette zu Fürstenberg, présidente de la société américaine de capital-risque General Catalyst qui « porte un autre regard sur l’IA », estime-t-il. On retiendra également David Reger, fondateur et CEO de Neura Robotics, en Allemagne, entreprise spécialisée dans la robotique cognitive ainsi que Roxanne Varza, directrice de Station F, forte de ses 10 années passées à la tête de Station F, « incarne un autre circuit pour les entreprises », considère Grégoire Arnould.

« La souveraineté du XXIème siècle se fera avec l’IA », estime Charles Gorintin pour qui « les retards technologiques se payent en souveraineté ». Il regrette que « trop souvent, on a eu les règles en Europe et les autres, les entreprises ». D’ailleurs, David Lacombled relève « 5 entreprises européennes de plus de 100 milliards de capitalisation contre 23 aux Etats-Unis ». Pour Charles Gorintin, il est clé de « continuer à aller chercher la frontière ». Il estime que « posséder ne suffit pas, il faut avoir la capacité à chercher, aller plus loin ». « Dès le premier jour, on a pris la décision que ce serait une entreprise mondiale », se rappelle Laurent Solly qui a son siège à Paris. « Notre souhait est de créer un leader mondial basé en Europe ». Il s’agit là d’« envoyer un signal fort aux investisseurs, d’attirer des talents du monde entier. Il est important d’avoir des équipes de cultures différentes ».

L’aventure de l’Odyssée de l’IA se poursuit à grande vitesse. Et l’Europe ne sera pas qu’une toile de fond. D’ailleurs, pour Laurent Solly, « la partie n’est pas finie ».

:: Replay vidéo

  • De la réaction au changement de culture. Table-ronde animée par David Lacombled, président de La villa numeris, avec Chloé Decésari, Partner Expérience Collaborateur, Onpoint, Samuel Fitoussi, essayiste et investisseur, FRST, et Marc Menasé, fondateur de Founders Future >> Regarder
  • Et aussi, toutes les vidéos séquencées de la soirée sur le site de l’événement >> Regarder

:: Pour aller plus loin :

  • « L’Europe n’a pas dit son dernier mot ». La chronique de David Lacombled dans l’Opinion >> Lire
  • Clic-clac, Les photos de l’événement >> Voir