Rencontre du 18 mars 2026
Pour une nouvelle pédagogie de l’attention
Faire des solutions d’intelligence artificielle des alliés de la concentration
Et si au lieu de nous interrompre et de faire zapper notre attention, l’IA devenait un rempart contre la distraction permanente, une aide à mieux apprendre tel un tuteur cognitif.
Notre think tank organisait, le 18 mars 2026, une matinée, en partenariat avec l’Institut IA pour l’Ecole, avec le soutien de Bedici et de Onepoint, sur les enjeux éducatifs en matières d’IA.
Affirmant la primauté de l’humain, La villa numeris appréhende le futur numérique en étant attentive à son impact positif comme le bien-être des individus. Aussi, le think tank a consacré la matinée le 18 mars, avec ses partenaires l’Institut IA pour l’Ecole, Bedici et Onepoint, aux enjeux éducatifs en matière d’IA.
Promouvant «une nouvelle pédagogie de l’attention», elle entend faire des solutions d’IA des alliés de la concentration. David Lacombled, président de La villa numeris témoigne lors de la rencontre: «nous avons la conviction que les solutions d’IA peuvent contribuer à renforcer l’attention». Elles s'apparentent ainsi à une véritable aide pour qui l’utilise. Expliquant sa démarche, il relève que l’ «on part du principe que l’attention est une compétence qui s’éduque».
Une pédagogie à appliquer dès le plus jeune âge
«L’éducation de l’attention serait une éducation par excellence» les mots du psychologue et philosophe américain William James en 1890 sont relevés par Guerric Chalnot, co-fondateur de Bedici qui note: «il l’avait compris avant nous!» Pour Guillaume Leboucher, fondateur de l'Institut IA pour l’École, il importe de «s’intéresser aux nouvelles technologies» avec lucidité: «regardons les dérives des continents numériques comme la Chine ou les Etats-Unis. Les grands gagnants de la bataille du numérique et de l’IA sont les Chinois. D’une manière générale, les perdants sont les jeunes». Il interroge: «prenons l’exemple de la crise sanitaire de 2020. De nombreuses actions ont été créées à cette période, il y a eu un Collège du Covid-19, alors pourquoi n’existe-t-il pas aujourd’hui un Collège de l’attention?» D’ailleurs, Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République et auteur de l’essai «Civilisation française» paru aux éditions Albin Michel veut «mettre ce mot au centre de la pédagogie». L’ancien ministre de l’Éducation nationale se rappelle: «j'ai beaucoup promu la pédagogie explicite. C'est bien plus structuré de manière très nette avec le sens du long terme». Les outils d’IA sont précieux. Avec eux, «les maîtres et les maîtresses peuvent savoir où en est chaque enfant grâce à la personnalisation du parcours».
Guerric Chalnot met en exergue «la complexité de nos neurones», promouvant la notion «d’hygiène de l’attention». Il estime qu’«au même titre que le bien-être de notre personne, il faut pouvoir mieux comprendre le cerveau, son fonctionnement pour pouvoir prendre soin de lui». Pour lui, «l’attention est une compétence cognitive, avec toute une caravane de complexités qui l’accompagne». Guerric Chalnot évoque «le système heuristique, cette méthode de résolution d’un problème qui ne passe pas par l’analyse détaillée du problème, mais plutôt à son appartenance et à une classe de problèmes déjà donnés ou identifiés». Selon lui, «l’intelligence humaine n’est pas un algorithme». Évoquant l’essai du psychologue Olivier Houdé, «Apprendre à résister», il note que «l’attention n’est pas une condition d’apprentissage mais un objet d’apprentissage». Pour lui, «il faut pouvoir créer un écosystème pour une pédagogie de l’attention. L’IA peut devenir et devient un outil de régulation. Là encore nous parlons d’hygiène de l’attention, pour aider les jeunes à utiliser l’IA, et les outils liés à l’IA, de manière efficiente. L’enjeu est à la fois démocratique et politique ; nous sommes tous des citoyens du devoir». Il invite à avoir recours à l’IA «en milieu scolaire de manière raisonnée, une utilisation basée sur trois piliers essentiels: comprendre, utiliser, créer». «J'aime bien qu'on n'oublie pas ce qui va bien!», lance Jean-Michel Blanquer affirmant que «là où cela va bien, il y a souvent un bon usage des technologies et des institutions éducatives». Pour lui, «il faut savoir identifier le problème plutôt que de parler tous les jours de ce qui ne va pas et de créer des peurs». Il estime que «plus le monde est technologique, plus il doit être humain». Aussi, Jean-Michel Blanquer tient à ce que l’on donne aux enfants «toute une série d'ancrages hors technologies: faire du jardinage, apprendre des poésies, lire…» Il note que «la technologie elle-même peut être au service d'une approche du temps long, tout dépend de notre manière de concevoir les usages de l'IA et plus généralement du numérique».
D’ailleurs, Muriel Touaty, Partner Éducation, Recherche et Innovation chez Onepoint constate que «la Gen Z est une sorte de jeunesse d’acculture. On ne se questionne pas ou plus, on utilise les outils et les nouvelles technologies «sans conscience». Elle met en exergue le fait de «personnaliser le temps et en libérer surtout» dans un contexte où «l’on parle d’économie de l’attention». Veillant à «éviter le manque de discernement, il faut apprendre aux enfants à avoir un esprit critique, à nuancer et pouvoir nuancer les propos», affirme Muriel Touaty pour qui, «il ne faut pas seulement dire, il faut aussi faire. Je crois à l’éveil des cinq sens».
Ensemble
Doivent être concernés: «le tissu éducatif», «l’équipe pédagogique», «le milieu associatif », estime Guerric Chalnot. Les défis sont nombreux. En effet, David Lacombled évoque «la violence verbale dont on voit très bien qu'elle peut franchir rapidement la rampe du réel» qui «est également exacerbée par la fulgurance, la vitesse et la rapidité des réseaux». Aussi, Jean-Michel Blanquer fait allusion à Fernand Braudel qu’il estime être « l’un des plus grands penseurs du XXe siècle». Ce dernier «distingue 3 couches du temps: l'événement, l'époque, la civilisation». Celle-ci «se mesure en en siècles». Jean-Michel Blanquer note «la victoire actuelle de l'immédiateté dont la brutalisation du débat public est une des dimensions». Il promeut «la recherche dans la sève civilisationnelle qui nous permet de nous projeter dans un futur». Il alerte: «on finira par perdre nos libertés si nous n'avons pas un projet commun».
Muriel Touaty a initié un institut chez OnePoint qui se veut être «un écosystème vertueux qui va permettre à l’ensemble des collaborateurs d’avancer» avec «une expertise hors du temps». Elle revient sur la mission principale consistant à «accélérer les partenariats stratégiques avec l’écosystème académique, en mettant l’accent sur la recherche et l’innovation». Muriel Touaty se rappelle de sa démarche originelle: «injecter chez OnePoint une dimension humaine à tout cet enjeu de data et d’IA», de là, sont créées les « Humanités », selon ses mots. Elle a recours au jeu pour certaines recherches. «Je crois beaucoup à l’onirique et comment stimuler nos sens», explique-t-elle. Il s’agit bien de trouver des «équilibres harmonieux» afin de mieux nous permettre de se forger notre propre avis, se jouer de la disruption et ne pas ignorer le libre-arbitre qui est fondamental dans nos sociétés. Elle promeut également «le mentoring inversé» afin de «mélanger les genres» et faire ainsi avancer «le débat junior/senior», notamment en matière de formation et de recrutement. Cela permet «aux collaborateurs de sortir de leur silo d’expertise», affirme-t-elle.
«Soyons porteurs d’espérance!» affirme Guillaume Leboucher. «Comment utiliser toute cette connaissance, notamment celle de l’IA, comment donner du sens tout simplement au travail tout en gardant une certaine liberté? Comprendre le monde des autres?», invite-t-il au questionnement. Il donne un premier élément de réponse: «Regarder une classe utiliser l’IA, c’est déjà comprendre leur monde». Il évoque également les plateformes numériques et les bascules juridiques qui s’opèrent avec des procès en cours.
Ayant interdit le portable dans les collèges en 2018, Jean-Michel Blanquer se dit «favorable à l'interdiction pour les moins de 15 ans». Pour Guillaume Leboucher, «d’un point de vue technologique, le débat est complexe». Il note que «le fait d’interdire est déjà un point intéressant». Avec l’IA et ses usages multiples, se jouent des enjeux de «souveraineté », «de société» mais aussi «une résistance humaniste».
Des choix à poser
«La France doit avoir confiance en elle», estime Muriel Touaty qui rappelle que «nous avons la culture de l’arrogance, mais ce n’est pas antinomique à la confiance, on s’auto-paralyse à pouvoir faire». Pour elle, il est clé de «passer de l’idéation aux marchés sans se perdre en route, notamment par manque de confiance». Elle en est convaincue: « il faut arriver à passer à l’action».
Jean-Michel Blanquer met en exergue un sujet clé pour «l’avenir»: «la revitalisation des territoires». Il souligne le rôle «des institutions dans les villes moyennes au plus près des réalités». Intervenant entre les deux tours des élections municipales, il insiste sur «le projet de société locale et dans quelle mesure il y a une certaine cohérence». Pour lui, il est clé « d'avoir un projet de société pour les jeunes en particulier, qui leur indique que demain peut être meilleur». Il estime que «réhabiliter le territoire», c’est aussi «redonner des perspectives de logement, d'emploi, d'une vie meilleure, d’une qualité de vie, d'une civilisation qui se transforme complètement». Il loue des «espaces physiques communs» où le savoir a toute sa place. «Je crois que les territoires se revitalisent par le savoir, entendu au sens large». D’ailleurs, Muriel Touaty conclut avec ces mots: «pensons biens communs, pensons collectif. Dans tout cela, il y aussi quelque chose d’autre d’important, c’est l’amour. L’amour de l’autre et la bienveillance». L’attention y aura pleinement sa place.
:: Nos grands témoins
- Muriel Touaty, Partner Éducation, Recherche et Innovation, Onepoint
- Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République, auteur de Civilisation française (Albin Michel)
- Guillaume Leboucher, fondateur de la l'Institut IA pour l’Ecole
- Guerric Chalnot, co-fondateur de BeDiCi
- David Lacombled, président de La villa numeris
:: Pour aller plus loin
- «Civilisation française», Jean-Michel Blanquer. Fiche de lecture réservée aux membres de La villa numeris 🔐 >> Lire