Rencontre du 12/11/25 | Compte-rendu 100% Humain
Les médias au défi de l’IA
Dans le cadre de ses travaux sur la fabrique de l’opinion et l’avenir des médias, La villa numeris initie une saison de travail sur les médias et l’intelligence artificielle
«Qui a déjà utilisé ce matin un outil d’IA conversationnelle?» A la question posée à la salle, plus d’un tiers lève la main. Il est 8h45 du matin.
En ouverture de ses travaux, le comité Médias de La villa numeris brosse un état des lieux sur les médias à l’ère de l’intelligence artificielle (IA), sujet clé au moment où «les conclusions des Etats généraux de l’Information vont trouver une voie législative dans les semaines qui viennent», explique David Lacombled, président de La villa numeris.
Cette rencontre chez Onepoint, partenaire de notre think tank, a été l’occasion de mettre en perspective les enseignements du sondage OpinionWay pour La villa numeris consacré aux médias au défi de l’IA.
Bel et bien là
«Sur 27 élèves, 26 s’informent sur les réseaux sociaux et les bots conversationnels d’IA», David Médioni, spécialiste des médias auprès de la Fondation Jean-Jaurès se remémore ses interventions dans un lycée. Il relève «une forme de désertion des médias traditionnels par les populations les plus jeunes». Evoquant les débuts de Loopsider voici 8 ans, Giuseppe de Martino, cofondateur de Loopsider et président de l’ASIC, se souvient: «on était effarés par nos adolescents». Ceux-ci ne consomment alors ni journaux, ni télévision mais se contentent de «regarder les réseaux sociaux». Avec ce pureplayer, il s’agit d’« apporter une information saine et allant au cœur de leurs attentes». Pour cela, il tient à «essayer de tirer vers le haut le public. On s’est lancé avec très peu de moyens mais avec une vraie indépendance et les technologies d’IA ont été au cœur du projet. Ce ne sont pas simplement les jeunes qui nous ont suivis mais toutes les franges de la population».
«C’est un écosystème en perpétuelle évolution qui connaît de profonds changements dans les comportements et les attentes des lecteurs», décrypte David Lacombled présentant les médias comme des organisations qui ont toujours été parmi les premières à s’inscrire dans «les évolutions depuis l’émergence du web il y a 30 ans» qui constituent «autant de qualités pour être prêtes à affronter cette évolution». A la question «avez-vous déjà entendu parler des IA conversationnelles?» avec une série d’items, la réponse a été oui à 82%, explique Jean-Baptiste Leroux, directeur du département Médias d’OpinionWay présentant le sondage OpinionWay pour La villa numeris. 51% voient très bien de quoi il s’agit. Parmi ces derniers, ils sont 71% entre 15 et 17 ans. Pour l’utilisation des outils d’IA conversationnelle, 52% des personnes interrogées estiment être d’un bon niveau. Parmi eux, 15% se disent «experts». Autre chiffre relevé par Jean-Baptiste Leroux: 85% des personnes interrogées s’estiment satisfaites à l’égard «des réponses fournies par les IA conversationnelles dans une recherche pour s’informer». Il explique qu’«en moyenne, les utilisateurs ont deux IA conversationnelles en usage pour s’informer».
«Depuis 2016, on fait de l’IA», explique Faten Dubarry, directrice des partenariats News pour la France, le Moyen-Orient et l’Afrique de Google citant l’évolution en cours pour « répondre aux nouvelles attentes». Elle souligne «la mission de Google» pour «rendre l’information accessible et utile au plus grand nombre». Elle note l’évolution de la recherche avec notamment «la recherche mobile», «le développement des réseaux sociaux», dans un contexte où «les utilisateurs recherchent d’autres formes d’information». En effet, «ils sont demandeurs de plus de vidéos, de podcasts, de UGC». Ceux-ci «aiment se retrouver, poser des questions, croiser les informations. C’est un tout qui se retrouve sur le moteur de recherche».
David Dieudonné, chef de projet Intelligence artificielle de Ouest France évoque «l’usage à la voix», «le conversationnel oral» qui est en croissance».
L’IA conversationnelle, un outil
David Médioni met en exergue les outils d’IA conversationnelle et la façon dont «la rédaction s’empare de ces outils». Il note que «le numérique est une source d’espoir et de solutions: on a besoin de s’informer plus». «Ces outils peuvent nous permettre d’y voir plus clair». Giuseppe de Martino partage son usage de l’intelligence artificielle et des modèles d’algorithmes permettant ainsi de «définir les sujets les plus abordés sur les réseaux sociaux, de produire des contenus les plus efficaces possible». Il témoigne: «cette technologie nous a permis d’émerger avec un public fidèle. Il y a des raisons d’espérer: 8 ans après, on est à l’équilibre et on est toujours présents».
Le sondage Opinionway pour La villa numeris relève que parmi les sources d’informations citées, sont utilisées en priorité – à hauteur de 92% - les grands médias, explique Jean-Baptiste Leroux. Les outils d’IA conversationnelle sont eux à 8% et à 27% pour les 15-17 ans. Il souligne que «l’utilisation de l’IA n’est pas réservée à une classe. Elle traverse les types différents de population». Il revient sur la confiance accordée vis-à-vis des sources d’information. Faits intéressants. Elle s’élève à 87% pour les utilisateurs. «Il y a un très haut niveau de confiance pour les utilisateurs mais un faible niveau pour les non-utilisateurs», explique Jean-Baptiste Leroux.
David Dieudonné rappelle «l’historique de Ouest France sur l’IA» avec «des travaux de numérisation des archives» qui en plus d’un siècle comptent «100 millions de contenus textes, vidéos et photos». Cette démarche s’inscrit «en collaboration avec l’écosystème public rennais pour parcourir, rechercher et exploiter ces contenus». Le groupe bénéficie d’«infrastructures souveraines pour exploiter ces archives». Les technologies représentent «une opportunité de remettre les journalistes face à leurs sources pour produire une information originale, en lien avec leurs audiences». Ces opportunités sont, d’après lui, d’ordre «éditorial» et «économique» «au service de la rédaction et de son indépendance ». En effet, «Ouest France n’est pas adossé à un actionnaire». Avec ces outils d’intelligence artificielle conversationnelle, les médias y gagnent «une efficacité économique», «un accroissement de l’engagement». Ils permettent, par exemple, de « transformer des articles en quiz» et de renforcer la personnalisation, en témoigne «le lancement de notre agent conversationnel à l’occasion des 24 Heures du Mans», témoigne David Dieudonné. Il revient sur l’«acculturation à large échelle» dans un groupe de 4 000 personnes qui compte 700 journalistes. Il s’agit bien d’«aller au-devant des journalistes dans leurs pratiques quotidiennes».
Des enjeux
Se joue bien là «le rapport à l’information et à l’actualité», estime Jean-Baptiste Leroux qui citant le sondage, indique que pour 82% des Français, «bien s’informer est un devoir» et pour 93%, «être bien informé, c’est un droit». 93% des personnes interrogées ont le sentiment qu’il y a de plus en plus de fake news. 64% se disent submergées d’informations. Il relève des points d’optimisme: pour 93% des Français, pour être bien informés, il faut croiser les sources d’information. Et enfin, 79% sont d’accord avec la phrase: «avec le développement du numérique, on est mieux informé qu’il y a 20 ans.
David Médioni déplore «la dictature du flux» et «l’impossibilité à sortir du flux qui nous matraque en permanence». Il évoque ainsi Grok et plusieurs de ses sources «issues de médias conspirationnistes» remettant en cause des médias mainstream. Pour lui, il y a un véritable «enjeu d’éducation aux médias et à la politique». Il considère d’ailleurs que l’éducation aux médias devrait être «un programme de politique publique» dans un contexte où «le citoyen de demain sera baigné dans un univers informationnel où l’IA sera là».
D’ailleurs, Faten Dubarry insiste aussi sur la formation du grand public, en mentionnant les solutions de la Google News Initiative et en évoquant «les ateliers numériques en collaboration avec les collectivités territoriales». Pour elle, il s’agit bien de «creuser la manière dont les utilisateurs souhaitent s’informer. Il est crucial que l’information continue à vivre et à se développer». Pour Giuseppe de Martino, «il y a toujours de la place pour l’intervention humaine. La machine est au service des médias et ne les remplacera pas».
Après ce premier volet autour de la publication de l’étude quantitative, les travaux vont se prolonger «par un volet qualificatif», explique David Lacombled. Il sera question d’IA mais aussi d’humains.
Nos grands témoins
- David Dieudonné, chef de projet Intelligence artificielle de Ouest France.
- Faten Dubarry, directrice des partenariats News pour la France, le Moyen-Orient et l’Afrique de Google
- Jean-Baptiste Leroux, directeur du département Médias d’OpinionWay
- Giuseppe de Martino, cofondateur de Loopsider et président de l’Association des Services Internet Communautaires (ASIC)
- David Médioni, journaliste, spécialiste des médias auprès de la Fondation Jean-Jaurès
Pour aller plus loin
- S’informer demain, toujours et encore. Rapport complet de notre étude >> Lire