Soirée du 07/10/25 | Compte-rendu et replay vidéo
L’IA change le monde, l’Europe peut encore choisir le sien
2e édition de l’événement de la rentrée, organisé par le quotidien l’Opinion, en partenariat avec notre think tank
En matière d’intelligence artificielle (IA), les années se succèdent sans se ressembler.
«Je suis là pour vous accompagner. Pas pour rivaliser». Le jumeau numérique de Rémi Godeau, rédacteur en chef de l’Opinion – Rémi.ia – répond aux questions des participants à la 2e édition de l’Odyssée de l’IA tenue au Théâtre de la Tour Eiffel, le 7 octobre. Cyril de Sousa Cardoso, CEO de Polaria présente ainsi l’envers de ce jumeau consistant notamment en «un empilement de technologies». Les spectateurs sont invités à s’adresser à Rémi.ia en veillant à «bien formuler» avec «une question courte», d’après les conseils du vrai, cette fois, Rémi Godeau. Exercice pleinement réussi.
L’IA est, tout au long de la soirée de l’Opinion dont La villa numeris est l’un des partenaires, sous les feux des projecteurs et au centre de la conversation tant elle change le monde, en témoigne la participation récurrente de l’égérie virtuelle Elysia. Retour sur «2025: l'Odyssée de l'IA».
Installée
Avec «800 millions de requêtes à ChatGPT chaque semaine», l’IA est bel et bien là, relève Xavier Boileau, Partner d’Oliver Wyman partageant la projection effectuée par Oliver Wyman à 2030. Avec l’IA, ce sont «800 milliards d’heures de productivité en plus», soit «20% de PIB en plus». Si elle crée l’actualité «s’inscrivant dans la continuité de la transformation vécue avec le numérique», relate Maya Noël, Directrice générale de France Digitale, elle participe aussi à la rendre audible. Depuis cet été, L’Opinion est «le 1er média au monde à être accessible sur CarPlay et Android Auto», explique Guillaume Tardy, directeur de la transformation numérique de Bey Médias. Il met en avant «l’incarnation», puisque les articles sont lus «avec la voix des journalistes».
Pour Eric Bonnet-Maes, CEO de LexisNexis (groupe RELX) pour l’Europe continentale, le Moyen-Orient et l’Afrique, «l’IA augmente le jugement». Considérant, qu’«un avocat est un chercheur», il estime que «la valeur vient de la proposition faite par la machine et que le juriste décide». Il parle d’ailleurs de «collaborateurs et de juristes augmentés». D’ailleurs, pour Rim Tehraoui, Présidente, Fondatrice & CEO de l’association Hub France IA & ARYAM, l’IA générative incarne «une rupture en termes de simplicité» et est «en passe de devenir un modèle dominant».
250 euros. C’est le budget nécessaire au documentaire généré par l’IA «Homo distractus» de Polaria & dialogues. Cyril de Sousa Cardoso souligne la volonté, avec cette production, d’«acculturer le plus grand nombre». Expliquant que le film nécessite «3 jours de travail», il note que «les nouvelles technologies offrent de nouveaux espaces de création».
Le budget limité est également relevé par Bruno Courtois, conseiller défense & coordinateur du think tank de Sopra Steria et Pégase IA. Il souligne qu’«en matière de désinformation», les procédés sont industrialisés et nécessitent «peu d’argent, peu de temps» et « fabriquent des produits néfastes». Pour lui, «l’avènement de la désinformation portée par l’IA va nous porter à avoir discernement et retenue».
Joëlle Barral, directrice de la recherche fondamentale de Google DeepMind met en exergue «l’impact de l’IA sur les Sciences», en témoigne AlphaFold, «une façon d’utiliser l’IA». Pour elle, «l’IA permet de révolutionner le travail du scientifique». Le gain de temps est là quand un assistant est impliqué pour «regarder l’ensemble de la littérature». Elle rappelle que «l’imagerie a complètement changé la médecine. De la même façon, l’IA a le potentiel d’apporter beaucoup de réponses».
«Bienvenue dans l’ère des agents IA». David Lacombled, président de La villa numeris ouvre ainsi la séquence des regards croisés intitulée «Technologie: l’ère des agents IA». Il relève d’ailleurs le mot significatif d’«ère». Pour lui, aujourd’hui, «les entreprises sont les mieux organisées pour accueillir de tels agents». Ysens de France, chargée de mission IA à la direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN), évoque le «large action model» qui ne se contente pas d’analyser les données mais nous voici avec «un système qui propose d’agir pour vous». Elle note «la convergence complète des technologies», prenant notamment l’exemple d’«essaim de drones».
Ces agents IA ont un «aspect scientifique, technologique, géopolitique, financier, environnemental». Pour elle, il s’agit de «l’avènement de la fusion entre le territoire physique et l’environnement numérique». Pour Abdelmounaim Derraz, directeur exécutif de l'institut Metalab à l’ESSEC Business School, ces agents IA représentent bien «des opportunités». C’est «un domaine qui doit être conquis». On passe, avec eux, «d’une génération de contenus à une action», qui se traduit concrètement dans des processus métiers comme les ressources humaines. Il cite ainsi les chasseurs de tête et IBM, où ces agents ont la charge «d’une partie du screening du CV» et des «candidatures». Il rappelle d’ailleurs que «les collaborateurs cherchent à avoir des outils et des assistants aidant à atteindre leurs objectifs». On s’inscrit là dans «une complémentarité». L’usage de ces agents et leur «niveau d’autonomie» diffèrent selon le secteur.
La force de l’écosystème. Joëlle Barral évoque «le défi immense de collaborations» pour « l’innovation en santé» où «scientifiques, chercheurs, médecins regardent ensemble». Elle évoque ainsi Gemma, «modèle ouvert». Louant «le dialogue entre équipes scientifiques qui nous permet d’avancer», Amaury Martin, directeur Innovation & Ressources de l’Institut Curie, 1er centre en Europe du cancer du sein, témoigne: «on a fait le choix de travailler avec Google». Rappelant «les 60 000 nouveaux cas de cancers du sein en France», il considère l’IA comme «une source d’espoir». Elle sera précieuse pour «prédire les rechutes, si on arrive à les intercepter, les prendre au bon moment. On a en perspective d’autres sujets sur les cancers gynécologiques». L’écosystème se met aussi en place entre public et privé à l’image du dispositif présenté par Rim Tehraoui initié avec la région Ile-de-France «pour évangéliser les PME» consistant notamment à «qualifier les cas d’usage». 160 PME ont déjà été accompagnées.
Tous secteurs. A propos de l’IA, «le fait le plus marquant est la production exponentielle de données», estime Laura Sibony, écrivain et enseignante prenant comme exemples «les radiographies, les jurisprudences, les données de production» ou encore «les voix». Elle insiste sur l’étendue des secteurs qui ont recours à l’IA, prenant appui sur une base de données faite par Freddie Mercury. Grâce à Laura Sibony, la salle se met alors à chanter « Bohemian Rhapsody » grâce à un karaoké IA. Elle en est convaincue: «il peut y avoir une créativité dans l’IA!»
A l’échelle de l’Europe
«L’Europe a-t-elle encore sa place à jouer dans la bataille de l’IA? » interroge Rémi Godeau, en guise de fil rouge de l’événement. Xavier Boileau pointe la question de l’investissement en déplorant «le manque de capital risque en France et en Europe», en rappelant que «le meilleur argent» est celui «des clients». Prenant appui sur une étude d’Oliver Wyman sur l’IA à destination des CEO, il relève que l’impact est 2 fois plus grand aux Etats-Unis qu’en Europe. «Le focus est différent». En Europe, on retient «l’efficacité et la réduction de coût», quand les Etats-Unis «prennent des solutions innovantes». Pour Xavier Boileau, il faut «avoir des plans de résilience». Bruno Courtois note que «la désoccidentalisation du monde s’opère sous nos yeux» avec «des adversaires résolus». Il souligne le rôle joué par «les influenceurs», notamment au Sahel. Bruno Courtois relève la spécificité de notre système politique: «nos démocraties ouvertes sont faites pour que l’information circule, c’est ce qui nous enracine». Il évoque également l’action volontariste de l’Europe à l’image du DSA. D’ailleurs, Guillaume Poupard, directeur général adjoint de Docaposte et co-président de CIAN se dit «fier qu’en Europe, on mette en avant nos valeurs.» Rim Tehraoui relève le souci de l’éthique» et «la conscience environnementale» en Europe. Pour autant, estime-t-elle, «cela ne doit pas être antinomique avec une stratégie plus ambitieuse pour déployer l’IA à l’échelle».
Une dynamique. La présentation exclusive des 100 qui font l’IA en Europe met en exergue « l’impact de l’Europe dans l’IA», décrypte Zineb El Honsali-Abridi. Réalisé pour la 2ème année, ce palmarès met en avant 100 figures, «le chiffre 100 est significatif», «il couvre la diversité de l’écosystème». En effet, «plus de 500 noms ont été étudiés», signe d’«une réelle dynamique». Pour elle, «la Suède se distingue». Zineb El Honsali-Abridi relève que «l’Europe s’accroche» alors que «la concurrence est très féroce». Elle évoque «les alliances qui se créent» à l’image de «la Commission européenne qui essaie de lancer des gigafactories», voilà «peut-être une opportunité pour le Made in Europe». L’égérie virtuelle Elysia a emmené à deux reprises les spectateurs dans un tour d’Europe, partant par exemple à la rencontre d’Antoine Bordes, Chief Scientist chez Helsig qui entend «protéger notre démocratie» ou nous embarquant outre-Manche à Londres qui compte 37 centres d’excellence. Autre figure mise en avant, Anne Bouverot, envoyée spéciale du président de la République pour l'IA, qui considère qu’« en Europe, la crainte du décrochage motive de plus en plus.»
La souveraineté, il en est question à de multiples reprises lors de cette 2e édition de l’Odyssée de l’IA. Avec «le sentiment qu’on l’a trop utilisée», Guillaume Poupard considère qu’«on met trop de choses» dans la notion de souveraineté. «Cela peut vite déraper». Pour lui, «se posent des questions de dépendance», quand «quelques acteurs concentrent stratégies et savoir-faire». Il s’agit d’«être a minima capable d’identifier les dépendances». Guillaume Poupard invite à «créer des systèmes de dépendance croisée». Pour Maya Noël, la question de la souveraineté ne se place pas «qu’au niveau des Etats. On est tous interconnectés et soumis à des relations d’interdépendance et de dépendance ». Elle rappelle d’ailleurs que «derrière l’IA, toute une chaîne de valeur s’opère » mobilisant «le cloud», «des matières premières» et notamment «des ressources en eau». Pour elle, «la sous-couche capte la valeur économique».
Pour Ysens de France, il nous faut mettre en avant nos filières et notamment celle de «la robotique» en faveur d’«une plus grande culture technologique». C’est ainsi «l’occasion de redéfinir notre place dans la course à la technologie».
Résolument optimistes
«Il faut rester optimiste!» affirme Bruno Courtois pour qui «le plus important, c’est le combat». Il rappelle que «l’écosystème industriel fonctionne bien» et loue la qualité des talents. «On est très attaché à cet écosystème très performant». En effet, Guillaume Poupard relate les atouts dont on dispose à l’image de «l’énergie décarbonée non-intermittente. Nous sommes attractifs et avons des cerveaux», alors que bien souvent «on se laisse impressionner par la course aux milliards». Pour lui, «avec des moyens limités, le ROI arrive vite. Il ne faut pas se laisser intoxiquer. On a des forces incroyables!»
«On n’est pas juste des consommateurs. On a encore le choix», considère Guillaume Poupard qui incite à «avoir des plans B pour switcher» et «être ouverts et lucides sur les questions de géopolitique». Maya Noël le confirme: «on a encore le choix des solutions d’IA. Il faut être pragmatique envers le marché». Elle encourage à «savoir faire des choix et à acheter des solutions françaises et européennes». Pour elle, il est important d’« avoir une diversification des outils qu’on utilise» à l’image du «multicloud». Il s’agit, considère-t-elle, de «sensibiliser chaque consommateur à d’autres alternatives». Mistral AI est un signal fort, marquant «la volonté d’investir», note Maya Noël pour qui l’Etat a sa part à prendre. Elle évoque ainsi le rôle de la DARPA outre-Atlantique et promeut la «pré-commande». «Il faut acheter de la technologie européenne» assure-t-elle. Aussi Rim Tehraoui promeut « l’argent public» qui est nécessaire. Pour elle, «il faut que les flux de financement viennent du circuit public et du secteur privé».
«La gouvernance» est un enjeu clé pour Ysens de France tout comme la formation quand on sait, explique-t-elle, que les Agents IA représentent «un vrai défi pour le manager». Selon elle, «il faut former les collaborateurs et leur rappeler les valeurs». Pour David Lacombled, «ce sont moins les métiers que les compétences qui vont être sacralisées». D’ailleurs Abdelmounaim Derraz juge que «le plus important est de former nos jeunes: ils sont une force.» Eric Bonnet-Maes considère que tout le monde doit être formé «et pas quelques-uns» uniquement. «Il faut former et accompagner tout le monde. On ne veut pas de gourou de la technologie. On est en Try & Learn. On donne accès à Copilot, ChatGPT Enterprise en mode fermé». Ysens de France prône l’implémentation d’«une vraie culture du risque» et «une gestion du risque de l’IA». Aussi, pour Eric Bonnet-Maes, «la sécurité et la conformité sont non-négociables». Pour lui, il ne faut aucun compromis «sur la confidentialité et la conformité». Il prend l’exemple de LexisNexis où les données se trouvent en Europe et en particulier à Berlin et à Paris. «Notre IA tourne en mode fermé».
«Les individus ne seront pas remplacés par des machines pour peu qu’ils ne se comportent pas comme des machines», conclut David Lacombled, phrase forte qui résonne avec les propos de Bruno Courtois invitant à «se préparer». «On a le droit d’être surpris», mais « on n’a pas le droit d’être démunis». L’Odyssée de l’IA ne fait que commencer.
:: Replay vidéo
- L’Ere des agents IA. Table-ronde animée par David Lacombled, président de La villa numeris, avec Ysens de France, experte associée de La villa numeris, docteur en droit international, chargée de mission IA à la Gendarmerie Nationale, et Abdelmounaim Derraz, directeur exécutif de l’ESSEC Metalab. >> Regarder
- Et aussi, toutes les vidéos séquencées de la soirée sur le site de l’événement >> Regarder