Visa pour l’Image

Visa pour l’Image

05/09/25 | Compte-rendu

Renforcer la confiance dans l’information: l’avenir du photojournalisme

Avec la montée en puissance de la technologie, l’économie des médias connaît de profondes mutations

La fabrication, la diffusion et la consommation d’information sont en constante évolution.

Pour en explorer les évolutions, La villa numeris organisait une table ronde dans le cadre de la 37e édition du Festival du photojournalisme, Visa pour l’Image, qui se déroule à Perpignan. Cette rencontre a notamment permis de mettre en exergue le nécessaire lien de confiance entre les photojournalistes et le public.

Une bascule

Avec l’essor des solutions d’intelligences artificielles (IA) génératives, sur les réseaux sociaux, la manière de s’informer évolue rapidement avec des conséquences sur les images aussi. En effet, s’instaurent de «nouvelles habitudes de consommation» dans un contexte de «profusion de l'information», décrypte David Lacombled, président de La villa numeris, en propos introductifs de la rencontre.

La bascule est bien là, marquée par la technologie. Faten Dubarry, directrice des partenariats News pour la France, le Moyen-Orient et l’Afrique de Google témoigne de ce qui se joue : «on fait partie de cette révolution technologique avec justement l’IA», expliquant que ce changement concerne tout le monde y compris le moteur de recherche qui «a déjà connu plusieurs évolutions : l’arrivée des smartphones et des réseaux sociaux. Il s’est adapté à cette évolution».

Dans ce contexte, Eric Baradat, directeur de la photographie de l’AFP brosse «un état des lieux et une vision un peu pessimistes» face à «une ère de transformation incertaine et une évolution très rapide» tout en louant ce que permet cette évolution comme «une qualité du travail photographique». Pour lui, «on entre, à court terme, dans une période de turbulences plus forte que celle qu’on a vécue depuis quelques années». A titre d’exemple, abordant la journée du 10 septembre et du mouvement «Bloquons tout» qui a fait couler beaucoup d’encre, Eric Baradat considère qu’«on ne sait pas quels seront l’image marquante et le détournement éventuel».

L’évolution se manifeste aussi, pour Eric Baradat, par «une accélération de la transformation de la consommation de l’information et une culture du lien qui va probablement disparaître». D’après lui, la consommation se fera «de plus en plus à la carte » en prenant appui sur «une information brute. Et ensuite on décide». L’information est bel et bien nécessaire. «Je suis encore convaincu qu’énormément de gens pour des raisons très pratiques ont besoin d’une information vérifiée et utile pour prendre des décisions dans leur vie». Aussi, Faten Dubarry constatant «cette accélération encore plus forte» dans la production de contenus, note que l’on a «besoin d’informations de qualité». «S’adapter» est bien le maître-mot. D’ailleurs, David Lacombled relève que «la photo est née d'une invention. Par nature, elle saura s'adapter aux évolutions à venir, et être en avance. La technologie intervient à tous les niveaux de la chaîne de valeur, de la captation à la diffusion, et à la consommation, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux».

De la confiance

«Il est impératif de maintenir la confiance du public envers les contenus visuels et les œuvres photographiques», estime David Lacombled, et d’autant plus quand on fait face à « un basculement de la confiance dans l’image», relève Eric Baradat. Pour lui, «la puissance d’un visuel n’est plus associée à la confiance qu’on pourrait avoir» alors que «la consommation d’images est beaucoup plus grande».

David Lacombled précise que la confiance «ne se décrète pas, elle se construit pas à pas ». L’implication est bien collective. Aussi, Faten Dubarry explique que «plusieurs maillons de la chaîne travaillent de concert dans l’écosystème de l’image». La confiance se construit notamment par «des liens économiques: on envoie du trafic à des éditeurs de presse, ce qui leur permet de valoriser leur audience.», témoigne-t-elle, évoquant notamment les accords noués au titre des droits voisins de la presse avec les éditeurs et agences. Le collectif est bien au rendez-vous. Eric Baradat le confirme: «on est partenaires. On a développé un immense réseau de journalistes qui font de la vérification de contenus numériques». Pour accompagner la transformation des acteurs de l’écosystème, sont également développés conjointement: «des programmes d’éducation, ou encore des modules de vérification de l’information». Autre démarche favorisant la confiance: «la Google News Initiative qui rassemble, explique Faten Dubarry «d’anciens journalistes, et travaille avec des rédactions» avec notamment «un travail autour de l’investigation numérique et l’accompagnement de la transformation ». Un travail de vérification qui ne date pas d’hier pour la plateforme. En effet, Faten Dubarry rappelle même que «Google, qui investit dans l’IA depuis plus de 20 ans, a développé des outils basés sur cette technologie pour repérer des erreurs tangibles dans les flux», notamment.

«Prendre du temps» se révèle précieux pour renforcer le lien de confiance, estime Eric Baradat face à «un tiraillement entre rapidité et confiance». La rapidité, il s’en réjouit: «on a un niveau de rapidité exceptionnel. On est capable de diffuser quelques secondes après l’arrivée du 100 mètres aux Jeux olympiques dans toutes les rédactions du monde entier. Le niveau de temps réel est quasiment parfait. Par contre pour le niveau de confiance, il faut qu’on travaille beaucoup là-dessus. On peut perdre quelques secondes, quand il faut vérifier quelque chose, c’est fondamental». En effet, Eric Baradat explique que «la moindre bêtise (…) peut avoir des conséquences lourdes». Le rapport au temps est également évoqué par Faten Dubarry: «on a besoin de ralentir aussi, même si on est une entreprise qui travaille très vite». Elle note «le besoin de vérifier. On est convaincus que l’IA est une opportunité mais qu’il faut la manier avec beaucoup de responsabilité». Pour David Lacombled, «l’effort doit être partagé». Eric Baradat confirme l’importance de «trouver des solutions communes avec les grands diffuseurs que sont devenues les plateformes».

Agir

«Marquer le vrai est essentiel, si ce n’est existentiel», affirme Eric Baradat alors qu’«une gigantesque partie des images sur les réseaux sociaux sont générées par l’IA, et c’est exponentiel». Pour lui, il faut «trouver des accords et des façons communes, s’entendre sur des standards à l’échelle globale, c’est une démarche essentielle». Il évoque le marqueur qui permet de «redonner l’origine technologique de l’image».

Cela concerne bien des secteurs: «la communication, la publicité, l’assurance», etc., énumère-t-il à l’heure où «l’IA générative peut produire n’importe quelle image» et faire « un détournement d’une publicité». Pour Eric Baradat, «tout le monde a intérêt à certifier, à avoir un tampon. Avec notre partenaire Imatag, on lie le certificat à la trace indélébile qu’on met dans une image. On peut vérifier la provenance de l’image». En effet, David Lacombled le rappelle: «le tag est réparti sur l’ensemble de la photo». Pour Eric Baradat, le watermark consiste en «un filigrane invisible très robuste». Il précise que les constructeurs d’appareils photos s’y mettent aussi. Google a également développé sa solution de marquage par filigrane, SynthID, dès 2023. Faten Dubarry souligne la nécessaire implication «des acteurs de l’industrie de la photo» pour «s’emparer de ces outils techniques qui assurent une meilleure traçabilité (...) et réfléchir à des bonnes pratiques communes, à l’instar de la labellisation».

«Il est aussi fondamental de passer par l’éducation», relève Faten Dubarry qui explique: « on a des programmes de formation spécifiques sur comment utiliser l’IA et à destination des partenaires, tout comme du grand public au travers des Google Ateliers Numériques », Google s’inscrit là «dans une démarche d’éducation, mais aussi de soutien à des projets et associations dont l’objectif est de diffuser l’IA et une culture du numérique » auprès de toutes et tous. Eric Baradat rappelle la nécessité d’«expliquer les enjeux, de donner du contexte, des outils pour décrypter et comprendre».

Les enjeux sont nombreux. Note d’espoir, en guise de conclusion prononcée par David Lacombled: «face à la désinformation, dans la lutte contre les manipulations et les ingérences, les médias et les grands opérateurs sont à la pointe du combat».

:: Nos grands témoins

  • Faten Dubarry, directrice des partenariats News pour la France, le Moyen-Orient et l’Afrique, Google
  • Eric Baradat, directeur de la photographie, AFP

:: Pour aller plus loin

  • News Initiative. Les solutions de Google >> Lire
  • Authenticité et provenance des photos. Une preuve de concept de l’AFP >> Voir
  • Visa pour l’Image. Site Web >> Découvrir