Sondage BVA, analyse

Les Français et les fake news

Alors que la question des fake news est apparue sur le devant de la scène médiatique au cours des deux dernières années à la faveur des élections présidentielles américaine, française et du referendum sur le Brexit, différents acteurs ont décidé de prendre des mesures pour lutter contre ces fausses informations. Les géants d’Internet et des réseaux sociaux notamment mais aussi les pouvoirs publics, Emmanuel Macron ayant par exemple appelé de ses vœux une loi permettant de réguler le phénomène.

BVA a réalisé pour La villa numeris un sondage auprès des Français sur leur perception des fake news et les moyens envisagés pour les réguler. En voici les principaux enseignement :

Internet, vecteur majeur d'informations, notamment pour les moins de 35 ans

Aujourd’hui internet est devenu une des principales sources d’information des Français : ils sont tout autant à citer le web que la télévision pour s’informer sur l’actualité (62%). Ceci est d’autant plus vrai pour certaines populations, plus internautes que le reste de la population, auprès desquelles Internet est la principale source d’information :

  • Les moins de 35 ans pour qui internet est largement plus mobilisé pour s’informer de l’actualité (83%) que les autres moyens d’informations, télévision (41% contre 62% de citations en moyenne) ou radio (41% contre 49%) notamment;
  • Les cadres qui citent également Internet comme principale source d’information (72%) loin devant la radio (39%) et la télévision (36%).

Internet est de ce fait un véritable terrain stratégique concernant les informations qui y circulent, principale source d’information pour une partie de la population, même si ce vecteur est rarement exclusif (les Français citent en moyenne 2 médias pour s’informer, notamment les moins de 35 ans et les cadres).

Au delà d'un moyen de communication, Internet est très largement un lieu d'échange d'informations

  • Le web a été créé comme un lieu d’échange d’informations et le développement des réseaux sociaux a accentué ce phénomène. Ce sont d’ailleurs 6 Français sur 10 qui déclarent qu’il leur arrive de partager une information qu’ils trouvent intéressante (58%), près de 2 sur 10 le faisant même systématiquement ou souvent (19%).
  • Toutefois il arrive à une grande partie des ces internautes de partager des informations jugées peu fiables ou non vérifiées. Ainsi plus de la moitié des Français partageant des informations avec leurs contacts sur les réseaux sociaux ont déjà partagé des informations qu’ils savaient pas fiables pour susciter l’intérêt de leurs amis (59% des « posteurs», soit 34% des Français) ou dont ils n’avaient pas vérifié la source (53% des « posteurs» doit 31% des Français).

Les usages d’internet, privilégiant l’instantanéité de la communication, favorisent la diffusion d’informations peu fiables, et une grande partie des Français ont bien conscience de leur rôle dans cette diffusion.

Des Français pourtant méfiants concernants les informations diffusées sur les réseaux sociaux

  • 75% des Français estiment avoir déjà été confronté à une information fausse destinée à les influencer, près de 2 sur 10 déclarant même avoir été induits en erreur par cette information (18%).
  • Selon eux, c’est d’abord par les réseaux sociaux que ces « fake news » se propagent (82% de citations), acteurs les plus cités loin devant les influenceurs (52%), les sites web diffusant exclusivement de l’information sur internet (43%) ou encore les personnalités politiques (28%).
  • Soulignons que les portails de médias traditionnels sont peu considérés comme propageant des fake news (19% de citations seulement), expliquant en grande partie la confiance importante des Français à leur égard. 76% des Français jugent d’ailleurs que ce sont des sources d’information en lesquelles ils ont confiance.
  • Si les Français font peu confiance aux personnalités politiques comme source d’information (81% ne leur font pas confiance) bien qu’ils ne soient pas identifiés comme diffusant particulièrement des fake news, les réseaux sociaux sont jugés très peu fiables. Moins d’1 Français sur 10 (8%) leur fait confiance contre 91% ne leur faisant pas confiance, plus d’un tiers déclarant même ne pas leur faire confiance du tout (37%).

Peut-on à ce stade parler de crise de confiance à l’égard des réseaux sociaux ? Force est de constater que la contestation à l’égard des géants du web prend de l’ampleur, la question des fake news rejoignant l’inquiétude également exprimée par les citoyens quant à l’utilisation des données numériques. Pour rappel, un sondage BVA pour le Figaro publié en octobre 2017 indiquait que 73% des Français se déclaraient inquiets de l’utilisation de leurs données personnelles par les grandes entreprises d’Internet (Facebook, Google, Amazon, Apple, Microsoft…).

Des Français favorables à des actions contraignant les acteurs d'Internet à réguler les informations diffusées

  • Même si les acteurs d’internet, et notamment les réseaux sociaux, ont décidé de prendre des mesures afin de limiter la diffusion de fausses informations, les Français ne semblent pas faire confiance en cette autorégulation. Seuls 12% d’entre eux estiment qu’il faut laisser les acteurs concernés s’organiser par eux-mêmes pour lutter contre la diffusion d’informations truquées.
  • Les Français demandent en premier lieu que les plateformes soient contraintes à développer de bonnes pratiques (53% de citations). Si des actions contraignantes sont souhaitées, cela ne doit pas forcément se faire via le terrain réglementaire, au niveau national ou européen (34% de citations seulement). D’ailleurs les Français jugent davantage légitime les éditeurs et professionnels de l’information et des médias (57%, dont 63% des moins de 35 ans) que l’Etat (47%) pour lutter contre la diffusion de fausses informations.

Notons qu’une solution européenne, en définissant un cadre commun aux pays membres, recueille l’adhésion de moins de 3 Français sur 10 (29%), alors même que l’Union Européenne essaye d’asseoir son leadership sur ces sujets de société. Après son action en faveur de la protection des données via la RGPD* notamment, la commission vient de publier un rapport pour lutter contre la diffusion des fausses informations en ligne, préalable à une action globale sur le territoire européen. L’Europe n’apparaît pourtant pas l’acteur le plus légitime pour intervenir sur le sujet pour les Français.

  • La mise en œuvre d’une régulation des fake news pourrait prendre la forme d’une autorité indépendante, à l’image de la CNIL. 76% des Français seraient favorables à cette solution, 26% étant même très favorables à cette mesure. Cette adhésion est largement partagée dans l’opinion, l’ensemble des sous-populations (par âge, catégorie socioprofessionnelle…) se déclarant très majoritairement favorables.

Si les Français semblent hostiles à laisser les acteurs concernés à s’organiser eux-mêmes, ils ne demandent pas forcément à ce que l’Etat ou l’Union Européenne s’occupe de cette régulation. La création d’une autorité indépendante semble plutôt séduire l’opinion, cette autorité pouvant certainement intégrer les professionnels de l’information et des médias, acteurs jugés les plus légitimes pour intervenir sur le sujet pour les Français.

:: Méthodologie :

  • Etude réalisée par l’Institut BVA auprès d’un échantillon de Français interrogés par Internet du 21 au 22 mars 2018.
  • Echantillon de 1053 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée grâce à la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes : catégorie professionnelle du chef de ménage et de l’individu, sexe, âge, région et catégorie d’agglomération

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