#DigitalTrends avec Alexandre Mars, compte-rendu

La philanthropie à l’ère du numérique, tendance durable et nécessaire

Pour ce deuxième rendez-vous de #DigitalTrends, La villa numeris a mis la solidarité et l’engagement à l’honneur. C’est dans une ambiance conviviale que les participants ont pu recueillir l’expérience de philanthropes 2.0.

Ce rendez-vous, animé par David Lacombled, commence au féminin. Deux représentantes de la Webassoc, dont sa présidente Raphaëlle-Menajovsky et Isabelle Le Roy, dirigeante de Tracks and Facts et bénévole accomplie, nous présentent leur association de professionnels du web. La Webassoc, c’est d’un côté 600 bénévoles, et de l’autre, 1300 associations de solidarité. Elles nous font part d’une étude réalisée dans le but de trouver un moyen de remercier ceux qui accompagnent bénévolement les associations de solidarité dans leur politique web (stratégie, réseaux sociaux, etc…).

D’abord, cette étude nous montre qu’un critère rassemble ces bénévoles : ils travaillent tous, en CDI ou dans leur société et donnent donc le peu de temps qu’ils ont. On apprend également qu’il ne semble pas exister de personne prédestinée à être plus généreuse qu’une autre. Non, à une écrasante majorité, c’est une décision personnelle qui est à l’origine de l’engagement. Le bénévolat, qu’est-ce pour eux ? 

Du partage, De l’engagement et de la générosité, mais aussi de façon moins prédominante, du temps, de l’amateurisme et de la désorganisation.  Le sondage montre que ces quelques centaines de généreux ne cherchent pas de récompense, mais souhaitent connaître le résultat de leur travail. La Webassoc remerciera donc ses bénévoles en ne les remerciant pas, mais en mettant en place une newsletter pour les informer et leur donner ce dont ils ont besoin, ce qu’ils attendent.

La solidarité ne s’achète pas. C’est tant l’expérience de la Webassoc, que celle du second invité, Alexandre Mars. Ce serial entrepreneur, un pied aux Etats-Unis, un pied en France, est un homme d’affaire accompli, un père de famille comblé et également un philanthrope passionné et passionnant.

Alexandre Mars, ou comment de marchand, on devient philanthrope

Pour Alexandre Mars, l’inspiration vient de son éducation. Il évoque la générosité débordante de sa mère et l’esprit entrepreneurial de son père, démonstration vivante que l’on peut aider de biens diverses façons. Il faut donner ce que l’on a, et son talent à lui, c’est de savoir monter des entreprises, - depuis sa première entreprise à l’âge de 17 ans jusqu’à la fondation EPIC, sa dernière en date.

EPIC, une entreprise sociale

Il y a six ans, Alexandre Mars est retourné aux Etats-Unis, où il souhaitait lancer sa sixième entreprise. Mais celle-ci se distingue des autres en ce que l’objectif, il le veut social, solidaire, engagé. Si l’objet est différent, l’enveloppe est la même : il utilise le même mode opératoire que pour les précédentes entreprises. Il commence donc par une étude de marché, contacte plusieurs entreprises médias, récolte leurs indications, intègre leurs réseaux. Puis il décide de se lancer dans un tour du monde en famille, avec l’objectif de rencontrer chaque jour une personne différente, afin de comprendre sa vision du bénévolat… Il découvre alors que de toutes, aucune des personnes rencontrées ne pense avoir fait assez. « Mais pourquoi ne fait-on pas assez ? », s’est-il demandé. Parce que l’on ne fait pas confiance aux associations caritatives, parce qu’on n’a pas de temps à y consacrer, ou encore parce qu’on ne sait pas comment s’y prendre, pas choisir où donner et ce qu’on peut donner. C’est là qu’EPIC trouve son utilité.

Donner du sens, la tendance à suivre

Dans trois ans, les « Millenials » représenteront 50% de la population active. Pour Alexandre Mars, cette génération a de différent de la précédente son inépuisable quête de sens. Il devient primordial que les entreprises comprennent et adressent ce besoin. Cela se ressent notamment au niveau des embauches. En effet, désormais les « top talent », jeunes aux profils hautement recherchés, intègrent les entreprises non plus seulement pour le salaire et le poste occupé, mais aussi selon ce que l’entreprise fait pour les autres, pour être solidaire. Autrement dit, l’entreprise et plus globalement toute la société va devoir repenser son modèle et y intégrer nécessairement une composante philanthrope, désintéressée. C’est pour s’inscrire dans ce mouvement qu’EPIC a été créée.

EPIC, un succès calculé et maîtrisé

La fondation s’est dotée de plusieurs outils pour assurer une efficacité maximale. D’abord, il faut retrouver la confiance des donateurs. La sélection est donc fondée sur pas moins de quarante-cinq critères dont, notamment l’impact social, le leadership et la gouvernance. Ceux-ci permettent d’avoir une image globale et précise de l’association sélectionnée. Ensuite, utilisant logiquement son expérience en numérique, Alexandre Mars permet aux donateurs d’accéder à une application mobile qui propose un suivi des actions des associations. Enfin, il faut prouver l’engagement, procurer l’expérience, et pour ce faire, la fondation EPIC s’inscrit encore dans la modernité avec la diffusion de films par le biais de casques de réalité virtuelle.

La cerise sur le gâteau ? Pas le moindre centime des dons n’est versées aux salariés ou aux dirigeants de la fondation EPIC. Le financement provient de Blisce, une société d’investissement dans les nouvelles technologies dont Alexandre Mars est le fondateur et dirigeant.

Des profils multiples de donateurs

Comme on segmente sa clientèle pour mieux l’adresser, Alexandre Mars segmente ses donateurs, pour qu’ils participent chacun à concurrence de leurs capacités.

Le premier segment rassemble des personnalités telles qu’entrepreneurs, financiers, chanteurs, acteurs, athlètes… Ceux là, on leur propose le don, mais parfois aussi de donner autrement. Alexandre Mars cite l’exemple d’un dîner avec Kevin Mayer, ou encore d’un entretien avec le Pape, proposés en tant que lot lors de galas.

Le deuxième segment vise les entreprises, qui représentent une capacité de don considérable. Celles-ci peuvent donner par exemple un pourcentage du chiffre d’affaires, ou proposer aux salariés la technique de l’arrondi du salaire (micro-dons, parfois de quelques centimes, au choix des salariés sur leur net-à-payer, dont le chef d’entreprise double ou triple la somme avant de faire don du tout).

Le troisième segment, ce sont les collectivités locales. EPIC travaille surtout avec les mairies, estimées plus proches des problématiques sociales. Cela peut notamment consister à leur exposer les mesures prises dans d’autres municipalités et ainsi leur proposer des solutions de don concrètes.

Le quatrième segment, c’est chacun d’entre nous. C’est tous ceux qui veulent faire un peu plus, mais qui ne savent pas comment. Alexandre Mars parle ici de « démocratiser le don ». Pour ce faire, EPIC va lancer une plateforme de don en ligne, simple et efficace.

EPIC, un tremplin politique ?

Très peu pour lui. Alexandre Mars refuse cette idée. Il ne se voit pas dans cette position d’homme politique, qui, selon lui, n’est pas nécessairement enviable et ne correspond pas à ses compétences. Cependant, cela ne l’empêche pas d’influencer, de faire changer les mentalités, le cours des choses. De toute façon, pour lui, l’Etat n’a pas ni la vocation, ni le budget pour assumer la totalité de la solidarité. Légiférer, oui, pour établir l’égalité, pour donner voix au chapitre à des minorités, par exemple…  Mais ce n’est pas là adresser l’ensemble du besoin. La solidarité est l’affaire de chacun et de tous ensembles, qu’importe la culture, la religion ou encore la couleur politique.

En conclusion, comment devenir philanthrope 2.0 ?

Alexandre Mars répond à cette question en nous conseillant qu’il faut, comme pour toute entreprise se fonder sur les ressources, les compétences et les réseaux disponibles. Ainsi, outre ses propres deniers, donner aussi de son temps, de son savoir-faire, de son expertise. Mais également, inviter d’autres à adhérer à la tendance durable et profonde de la solidarité, et notamment ceux qui feront changer les choses à plus grande échelle, chefs d’entreprises et autres dirigeants.

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